AU QUOTIDIEN DU MEDECIN "
6 Mars 1995

Françoise d’Eaubonne, écrivaine
Secrétaire Générale

 

Messieurs,

 

 

                        Votre dernière publication mentionne une polémique à propos d’un prélèvement d’urine de jument destiné à un traitement de la ménopause. Ce contenu peut être intéressant, mais le titre en est inacceptable.

           Intituler un texte " ENTRE LA JUMENT ET LA FEMME MENOPAUSEE IL FAUT CHOISIR " est une provocation particulièrement basse à la veille de la Journée Internationale des Femmes, ce 8 mars, cette journée déjà traitée de fiasco et d’inutilité le 5 mars par l’émission télévisée " Le meilleur du pire ", Série Club.

                       Je proteste en mon nom et au nom de S.O.S. SEXISME, en cette semaine décidément marquée par ce genre de bataille.

           * En mon nom : il m’est permis de signaler que la presse s’est tue sur la victoire juridique que je viens de remporter sur la secte LONGO MAÏ (25.01.95) à propos du statut révoltant fait aux femmes de cette " coopérative ", après 14 ans de lutte juridique où ladite presse a soutenu bruyamment LONGO MAÏ - simple exemple.

                       * Au nom de S.O.S. SEXISME : cet ensemble où s’insère le titre dégradant de votre collaborateur illustre bien le " backlash " - ou retour de bâton - qui se produit contre les femmes en ces années 90. Commandos anti-IVG (qui allèrent jusqu’au meurtre, en Amérique, pour respect de la vie ! ! !), propagande nataliste en pleine crise et chômage, essai universel de " retour de la femme au foyer ", manipulation par l’Opus Dei de maintes associations familiales, insultes au féminisme, voici ce qui se déchaîne en Europe et en Amérique. Non sans renforcement des abominations de l’islamisme sexocide, dénoncé par l’ONU sous la pression féministe, mais avec qui Jean-Paul II a passé alliance pour orienter le congrès du Caire sur la démographie, dans le sens du pire obscurantisme misogyne.

           Nous regrettons sincèrement, messieurs, qu’après avoir naguère publié de révoltantes railleries sur Taslima Nasreen, - quelles que soient les nombreuses protestations ensuite insérées en vos colonnes - vous ayiez pu, inconscience ou humour beauf, réitérer dans la bonne vieille tradition de la Mâle assurance (Benoîte Groult) en acceptant un titre aussi péniblement dégradant que celui de cet article, et qui appartient à cette campagne contre nous.

                       En vous assurant de notre considération distinguée.

 

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