LES FEMMES PEU PRESENTES DANS L'INFORMATION
(Par Nana Rosine Ngangoue - " femmes-Afrique - infos " - 2001)

 

COTONOU, 9 mars (IPS)- Parmi les innombrables discriminations faites aux femmes, la présence limitée des " actrices féminines " et l'absence d'une politique médiatique favorable a la femme, sont de plus en plus accrues, violant ainsi le droit a l'information et a l'expression de la moitié de la population du monde.

Selon une récente étude publiée par l'Association mondiale pour la communication chrétienne (WACC), les femmes ne représentent que 18 pour cent des sujets d'information dans les médias du monde, contre 82 pour cent pour les hommes.
L'étude menée en 2000 et publiée cette année, a consisté à surveiller le contenu des médias audiovisuels et des journaux de 70 pays du monde, dont 11 pays africains. Elle note que la vie des femmes et leurs points de vue ne sont pas rapportés au même degré que les informations liées aux hommes.

Outre les pays africains, le rapport a étudié les médias dans 14 pays d'Asie, 6 des Caraïbes, 21 d'Europe, 8 d'Amérique latine, 4 du Moyen Orient, 2 d'Amérique du Nord et 4 d'Océanie.

"Dans un monde idéal, les femmes et les hommes devraient participer équitablement aux informations, à la fois en tant que journalistes et objets de l'information'', indiquent les auteurs du rapport. Mais la réalité est toute autre.

* Les femmes représentent 41 pour cent des personnes qui présentent et font des reportages dans le monde, mais seuls 18 pour cent de reportages leur sont consacrés.

* Selon le rapport, les femmes ont réalisé des percées en ce qui concerne la présentation des nouvelles. Elles forment la majorité des présentateurs des nouvelles, avec un pourcentage de 56 pour cent.

* En Afrique, les femmes journalistes constituent 48 pour cent des présentatrices à la télévision et à la radio et seulement 24 pour cent des reporters. Ces chiffres sont respectivement de 53 et 31 pour cent en Asie, 45 et 34 pour cent en Europe et 55 et 36 pour cent en Amérique du Nord.

* Le rapport a fait une analyse sur le sexe des personnes qui sont objets de l'information, c'est-à-dire les personnes qui apparaissent dans l'information rapportée. A la radio et à la télévision, il s'agit des personnes qui sont interviewées ou qui sont l'objet de l'information. Dans les journaux, il s'agit de chaque personne qui est nommée, citée ou qui apparaît sur une photo. La proportion des femmes qui font l'objet de l'information est de 18 pour cent, selon le rapport. Et cette situation n'a relativement pas changé par rapport à la première enquête menée par la WACC en 1995, qui révélait que cette proportion était de 17 pour cent.

''Les femmes constituent la moitié de la population mondiale, donc tous les humains étant égaux, on devrait s'attendre à ce que la moitié des personnes qui sont l'objet des programmes d'informations soient des femmes. Le fait que les femmes constituent 18 pour cent et non 50 pour cent des acteurs dans l'information, soulève des questions fondamentales sur la nature des informations et sur la structure de la société'', note le rapport.

Les dirigeants des médias avancent souvent que les médias reflètent ce qui se passe dans la réalité. Mais pour les médias, la vie et les points de vue des femmes ne semblent pas faire partie des réalités sociales visibles.

''Combien de fois retrouvons-nous nos points de vue et notre vie dans les médias'', s'interrogent Teresita Hetman et Marino del Nova, coordonnatrices du rapport rédigé par George Saperas et Chemisa Seydegart de l'Organisation IRIS Research In, en collaboration avec Margerait Gallagher, chercheuse indépendante.

* Pire, lorsque les médias prennent la peine de rapporter les points de vue des femmes, les thèmes pour lesquels elles interviennent et leur fonction sont rattachés aux domaines traditionnellement réservés aux femmes. Les femmes sont majoritaires dans une catégorie : elles sont citées comme des femmes au foyer, des parentes, alors que les hommes constituent la majorité dans toutes les autres catégories.

* Ce schéma se répète au niveau des thèmes couverts par les femmes journalistes. Des recherches menées dans ce domaine relèvent que les femmes journalistes écrivent ou font des reportages sur les sujets à portée locale et sur les thèmes comme les spectacles, l'environnement, la santé et l'éducation, plutôt que sur les thèmes politiques, les crimes et le sport par exemple. Les femmes journalistes n'ont souvent pas le choix des thèmes de reportages. Les sujets leur sont assignés par un rédacteur en chef ou un producteur et le critère genre est un facteur déterminant dans l'assignation des thèmes de reportage, indique le rapport.

* La manière dont les médias décrivent les femmes dans leurs reportages est une autre préoccupation de ce rapport. Dans la plupart des reportages codifiés lors de l'enquête de la WACC, les femmes sont présentées beaucoup plus comme des victimes que les hommes. Les femmes constituent, par exemple, 40 pour cent des victimes de crimes, 29 pour cent des victimes d'accidents, 88 pour cent des victimes de harcèlement sexuel et 17 pour cent des victimes de guerre. (NDLR : ce qui doit être vrai !)

De plus, il est très souvent noté que les médias ont tendance à identifier les femmes en fonction de leur situation matrimoniale ou familiale : la femme est avant tout une mère ou une fille. Le rapport note que l'identification de la femme par son statut familial est un phénomène commun a tous les médias du monde.

Les objectifs du projet étaient de renforcer la solidarité, la connaissance des médias, ainsi que le plaidoyer en faveur des questions de genre dans les médias. Pour combler le vide et corriger les portraits négatifs de la femme dans les médias, les auteurs du rapport font quelques propositions, allant du renforcement du nombre de journalistes femmes à la sensibilisation des journalistes mâles sur la nécessité de reflèter sans limites, la vision globale.

''La visibilité des femmes dans les informations ne sera possible qu'a travers une profonde mutation par laquelle les droits des femmes - et le droit a la communication - sont bien compris, respectés et mis en oeuvre aussi bien par la société que par les médias'', indique Margerait Gallagher, l'une des auteurs du rapport.

''La surveillance des médias et le plaidoyer sont vitaux, non seulement pour sensibiliser les médias sur ces questions, mais aussi pour s'assurer que ces informations sont prises au sérieux'', ajoute-t-elle.