IV

 

DE L’ALIÉNATION SPÉCIFIQUE DE L’HOMME

 

D’UN DIVIN À UN AUTRE

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Suzanne BLAISE (décembre 2005)

à partir du «Rapt des Origines » : 1988  (Bibliothèque Marguerite Durand – Paris, 75013)

 


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1°)  Brève introduction pour un grand sujet

 

        Rappelons notre postulat, conclusion de l’avant-dernier article : une aliénation spécifique de l’homme est à l’origine d’une transmutation religieuse et sociale, de la première grande révolution de l’humanité à savoir la révolution néolithique bien connue des anthropologues et historiens mais ignorée du grand public et surtout des femmes qui furent directement concernées. Ce bouleversement eut lieu environ trois mille ans avant J. Christ.

        Cet événement considérable, ici sommairement présenté, nous conduira au constat suivant : débattre des origines religieuses de l’oppression des femmes c’est débattre des fondements symboliques et juridiques du Pouvoir et de l’Etat.

        Certes, la misogynie des Eglises et des religions qu’elles représentent, n’est plus à démontrer. Mais nous n’avons pas suffisamment pris mesure de leur implication dans l’établissement de notre oppression en tant que fondement essentiel du patriarcat monothéiste qui succéda au paganisme et s’est maintenu jusqu’à nos jours. Le drame contemporain d’Esmée, rapporté dans le film de Yasar Kémal – en est une illustration.

        Nous ne définirons pas notre rapport au pouvoir patriarcal sans passer par la prise de conscience de l’articulation existant entre le Divin et le politique[1] et de la contribution à un moment connu de l’Histoire – au titre d’élément structurel – du fait religieux à un Ordre social nouveau, lourd de conséquences pour les femmes. Reste à redécouvrir dans ce but le rapport entre le sacré et le Pouvoir, son importance, et la nécessité incontournable d’évoquer des faits généralement connus des seuls « spécialistes » en la matière. Nous nous attacherons seulement aux événements concrets et caractéristiques des différentes étapes de la révolution néolithique qui aboutit à notre mise sous tutelle progressive qui perdure depuis cinq millénaires.

 

        Nous avons choisi – ainsi qu’annoncé – pour illustrer ce rapport entre pouvoir et sacré, et comme théâtre de son évolution capitale, la prestigieuse civilisation d’ancienne Mésopotamie[2] où naquit, parmi beaucoup d’autres inventions, l’écriture. Ce qui ne permet pas de douter des informations qui nous ont été transmises par les milliers de tablettes d’argile où elles furent inscrites.

        Mais nous revenons un instant sur l’aliénation profonde des hommes à l’origine de la révolution néolithique, ce bouleversement inaugural de temps nouveaux, d’une ère inédite, entraînant la fin de cette civilisation, créatrice et pacifique, dont la tragédie est exemplaire à cet égard. D’autant qu’elle se déroula dans le monde Méditerranéen, centre de gravité de l’Europe et « qu’aux yeux d’une science historique rigoureuse, ce n’est pas l’Egypte qui est le berceau de la civilisation mais Sumer [3]».


2°) Une envie de transcendance, une envie de pouvoir

 

        C’est un fait : l’homme a tendance à se prendre pour un Dieu. Et il ne s’agit pas seulement, hélas, des Rois ou des Empereurs mais aussi du savant des Temps Modernes comme de l’individu le plus misérable. Jean-Pierre Changeux rapporte que les Indiens Huichol du Mexique, connaissant les vertus « transcendantales » de certain cactus nommé peyotl, partent le consommer en pèlerinage afin de redevenir des Dieux. Mais il y a plus grave. La transcendance divine est par définition infaillible et donc ne se discute pas. On ne peut lui imputer le moindre tort. On ne peut rêver plus merveilleux outil pour gouverner et acquérir du pouvoir en quelque domaine que ce soit. Et c’est pourquoi tel savant, au cours d’un colloque récent, peut déclarer sereinement : « Les scientifiques ont – ils/elles une responsabilité face à la société ? Evidemment non ! ». Au cours des siècles, et aujourd’hui encore, le pouvoir médical ne s’est pas davantage interrogé sur son coefficient de divinité. Quant à la théorie, en quelque domaine que ce soit, on a pu dire qu’elle n’était peut-être « qu’un délire à plusieurs »[4].

        Ainsi Dieu a été pour l’homme le plus magnifique prétexte qui se puisse imaginer pour justifier la plupart des actions ou exactions qu’il a commises au cours des siècles et commet encore aujourd’hui. Se prendre pour Dieu, telle est l’aliénation spécifique de l’homme. Mais au contraire de la nôtre c’est une aliénation gratifiante qui leur a permis, nous verrons comment, d’accéder au pouvoir – y compris absolu – à ses avantages, richesses, renommée, immortalité – à toutes les formes de domination sur les autres et avant tout sur les femmes. L’homme ne tient peut-être tant à garder le pouvoir que parce qu’il est synonyme de pouvoir sur les femmes.

        Mettre Dieu à son service et non l’inverse – et cela sous l’effet « d’une inspiration géniale qui consiste à prendre ce qui vous manque et l’ajouter à ce que l’on a »[5] - Rois et empereurs en firent très tôt leur ligne de conduite et leur politique. Ce tour de passe-passe – pour mieux dire : cette imposture – comportait successivement : une identification, une appropriation et une manipulation à toutes fins utiles d’un Dieu-alibi (et de préférence unique ce qui ne manqua pas de se produire). Un programme qui exigea en premier lieu le rapt du sacré, la confiscation du divin d’entre les mains de qui le possédait historiquement avant eux : les Déités féminines de l’antiquité païenne et de celles qui les représentaient, les prêtresses, gardiennes de l’or sacré et des semences déposées dans leurs Temples (que des mercenaires attaquèrent plusieurs fois, quitte à devoir restituer le butin). Ce ne fut pas facile mais réalisable grâce aux trois conditions requises : une envie irrépressible du pouvoir jointe à l’esprit de domination, la force armée et la crédulité des peuples dont on obtient la soumission au nom du divin. Dieu lui-même vînt en aide aux mâles de l’époque en leur faisant découvrir le bronze et les métaux nécessaires à forger des armes pour anéantir qui s’opposerait à eux. Mais afin de tuer toute rébellion dans l’œuf, ils en vinrent – nous le verrons – à se diviniser eux-mêmes.

                Cette aliénation terrible qui anéantissait dans l’homme sa part d’humanité devint inspiratrice de crimes qui se sont perpétués jusqu’à nos jours. Il vaut donc la peine de nous pencher sur les étapes d’une histoire moins connue que les prouesses d’Astérix, bien qu’elle se soit déroulée à nos portes. Et au cours de laquelle le divin et la civilisation ont changé de nature, légitimant la domination masculine universelle sur les femmes, la religion et le statut de ces dernières allant de pair[6].

                Certaines diront : à quoi bon remonter à une civilisation ancienne et différente de la nôtre pour expliquer celle-ci ? Parce que, nous dit Balandier : « Pour l’intelligence de l’actuel et de ce que nous sommes le détour est la ligne la plus droite »[7]. Sans passer par l’histoire du divin, on ne peut ni le comprendre ni le définir pour ce qu’il est : un facteur de division d’un ensemble d’individus et d’infériorisation d’une catégorie d’entre eux.

                Aujourd’hui où les droits fondamentaux de la personne humaine – femme et homme – sont menacés par un retour en force du religieux – valeur refuge d’un monde qui a peur – porteur d’intégrismes, il nous faut réfléchir à la puissance intrinsèque et aux avatars criminels de la transcendance divine. Elle est ce qui sépare et exclut, quelle que soit la société, et à ce titre les menace toutes. Et ce depuis les Temps archaïques et la mutation accomplie en son nom et traduite en termes sociaux.

 

 

3°) D’un Divin à un autre – D’un statut des femmes à un autre

 

La révolution néolithique a été une révolution symbolique et une révolution brutale.

 

A – Une révolution symbolique

 

Première séquence :       de 8000 ans à 3000 ans avant J. Christ

                                                Le paganisme et ses Déesses à Sumer – une civilisation-mère

 

                C’est à partir de Sumer que nous découvrirons comment s’est déroulé, à travers les épisodes les plus marquants, le matricide historique de la Civilisation-Mère de l’humanité. Matricide avant tout symbolique, par l’entremise de la religion et de l’appropriation du divin par les hommes. Tout au long de cette révolution, d’abord latente, la religion première de la déesse – religion du peuple – va progressivement s’affaiblir et disparaître (des coutumes populaires lui survivront), remplacée par les « cultes royaux », et finalement réprimée dans un Etat théocratique dont les femmes en premier feront les frais. C’est que « toute forme religieuse est foncièrement impérialiste »[8].

                Néanmoins, à Sumer comme dans les autres cités de Mésopotamie ancienne, le sacré n’est déjà plus cette puissance immatérielle – le mana - éparse et immanente à la nature, « qui donnait du pouvoir sur les autres » et dont chacun cherchait à s’emparer. Il s’incarne dans une figure divine et féminine mais reste lié au cosmos, à la nature, à la sexualité. Le pouvoir politico-religieux de la Déesse garantit l’unité culturelle de la société. Il est fondé sur un consentement général et non imposé. C’est un pouvoir d’essence démocratique. « Le premier procès-verbal d’une Assemblée politique est contenu dans un poème de douze tablettes »[9]. La Déesse, représentée par une prêtresse (le clergé est féminin) nomme le Roi, mis à mort au terme d’une période variable ce qui ne lui laisse pas le temps de se muer en tyran (tradition encore présente en Afrique).

                « L’on pourrait résumer la religion des Sumériens en disant que c’est la religion d’une activité heureuse, dans la joyeuse obéissance à un ordre universel et bienfaisant »[10]. Cela ne va pas durer. Des dieux vont apparaître dont l’un – Enlil – « autoritaire et inexorable » sépare la Terre du Ciel et un héros – Gilgamesh – qui « dévoile en dernière instance l’inaptitude des vertus purement héroïques à transcender radicalement la condition humaine »[11]. Ce Gilgamesh, sorte d’Hercule, est le pur produit de l’ambition des hommes incarnée dans la figure du Héros, seul état glorieux qui leur soit permis face à la Déesse. Enfin, à Sumer, rappelons-le, pas de propriété privée mais existence d’une classe sacerdotale puissante, composée de prêtresses et aussi d’hommes castrés : les Eunuques. Le Statut des femmes est valorisé.

                Quelques mots sur ce statut des femmes à Sumer, à la veille de la révolution néolithique, et sur ses caractéristiques :

                - une hypothèse raisonnable : les femmes ne peuvent que se sentit valorisées par une figure féminine, symbole du sacré et du pouvoir.

                - elles n’ont pas honte de leur sexualité dans une société où le sexe est considéré comme participant du sacré[12].

                - elles sont nombreuses à vivre au sein du Temple, ont des rapports sexuels libres, dirigent les affaires (comptabilité des semences) et conçoivent des enfants qui portent le nom de leur mère, et ne souffrent d’aucune discrimination même nés de père inconnu. La mère n’est pas encore dissociée de la femme.

                - elles ont le droit de « divorcer » de leur compagnon.

                - plus important que la filiation matrilinéaire : elles disposent de rituels et d’une symbolique féminine (longtemps niée par l’anthropologie traditionnelle) pour leur apprendre à vivre entre elles, surtout entre mère et fille[13] à transmettre les valeurs propres de leur filiation.

                Mais la division du corps social introduite par le Divin (corps sacerdotal d’un côté, peuple de l’autre) entraîne néanmoins une inégalité économique entre les femmes. Les travaux agricoles sont indignes des prêtresses qui disposent d’esclaves et d’eunuques à leur service. Une frontière sépare une fonction d’essence supérieure, et le pouvoir qu’elle confère, du travail manuel. Il y a division sociale plus que sexuelle des activités. Le pouvoir de la Déesse n’est pas l’expression de la domination d’un sexe sur un autre mais la société est déjà une société divisée, hiérarchisée. La transcendance divine a été à l’origine du pouvoir absolu avant même l’apparition du patriarcat.

 

Deuxième séquence : (vers 2 400 av. J.C.) Suméro-Akkadienne, les nouveaux venus associant Déesse et Dieu dans un Panthéon devenu mixte, commence à s’affirmer un syncrétisme religieux. Mais les Dieux vont prendre rapidement le pas sur la Déesse. Réécriture du poème de Gilgamesh parti à la conquête de l’immortalité mais qui ne se gêne point pour violer les femmes et malmener les hommes tel un vrai tyran. Ishtar lui propose de l’épouser mais Gilgamesh refuse. Napoléon ne veut tenir sa couronne que de lui-même.

 

                L’administration des Temples assume la rentabilité de vastes domaines. L’agriculture se développe ainsi que l’industrie (l’invention de la charrue, des premières armes). Invention majeure : l’écriture. Les Rois s’ingénient à retarder l’échéance de leur mort.

                « Deux systèmes sociaux sont face à face : l’aristocratie du Temple ou pouvoir sacerdotal, et le pouvoir civil d’une classe montante : les Rois et la bourgeoisie » qui vont instaurer la propriété individuelle et la monarchie[14].

                La royauté finira par devenir permanente (les Rois sacrifiant leurs fils ou des animaux).

 

Troisième séquence : Des cités – Temples aux Cités-Etats. Tout change avec les Sémites. Il semble que déjà un Roi vainqueur – le Roi d’uruk – se soit déclaré né de Nidaba la Déessegrain et nourri par la Déesse-Mère. Naissance divine et non plus seulement hiérogamos[15]. Les symboles de la Déesse – la lune, le soleil – se masculinisent. Le sacré jusqu’ici était un pouvoir. Désormais tout pouvoir sera déclaré sacré.

                Les êtres humain(e)s ne vivent plus depuis longtemps en parasites de la nature mais sont devenus productrices et producteurs. Le commerce s’intensifie. Avec la création du premier grand Empire Mésopotamien, Sargon, roi d’Agadé, se fait diviniser et une religion royale apparaît comme religion d’Etat (2 300 ans av. J.C.). Le Roi n’est plus vicaire du Dieu mais Dieu lui-même, se revendiquant d’un Dieu primordial, et prenant le titre de « Roi des quatre régions » jusque là exclusivement titre divin. Son pouvoir est monarchique et centralisé. Aux Cités-Temples succèdent les Cités-Etats. La structure sociale archaïque et la solidarité ancienne entre clans sont détruites au profit d’une centralisation du pouvoir. Sous le Roi Shoulgi (vers 2 050 ans av. J.C.) l’Etat administre directement les biens des Temples. Désormais les richesses recueillies servent à édifier et renforcer l’Etat. Le développement urbain (de grandes villes marchandes), l’irrigation, la culture intensive, l’expansion commerciale, engendrent un droit contractuel applicable à tout l’Empire et qui servira de modèle au code ultérieur d’Hammourabi, autre roi Sémite. Le droit de propriété, défini par contrat, est désormais tout à fait distinct de l’exploitation du sol, ce qui n’était pas jadis concevable.

 

                Le mariage fait désormais l’objet d’un contrat. Les droits et la liberté des femmes sont néanmoins respectés mais plus en principe qu’en pratique. Si l’épouse conserve le droit au divorce, en cas d’adultère elle est impitoyablement jetée à l’eau. Les mœurs deviennent barbares.

 

                Les notables ne sont plus désignés par le Temple. Tribunaux et juridiction Sumériennes se maintiendront jusqu’après la décadence. Une nouvelle conception du pouvoir s’est établie qui se réclame d’un « grand Dieu créateur », annonciateur du Dieu unique. Les conflits entre le temple et le Palais ne cessent d’éclater à propos du droit de détention des métaux précieux. La puissance guerrière des Rois finit toujours par triompher. L’intervention de facteurs militaires transforme la révolution religieuse engagée en révolution ouverte, en affrontements entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel, entre Déesses d’une part et Dieux incarnés par les Rois de l’autre (avec l’appui de mercenaires)[16].

 

                - La divinisation de la Royauté et sa conséquence : la double nature d’un pouvoir montant qui jouera sur cette ambivalence et cette imposture. Le fait religieux non seulement allié objectif du nouveau pouvoir à venir mais constitutif de son essence, élément structurel des consciences individuelles et de la conscience collective de tout un peuple et constitutif d’un pouvoir d’Etat qui prendra la forme de l’Etat patriarcal, fut-il baptisé de nos jours « Etat de Droit » (de Droit patriarcal s’entend).

                « L’Etat n’a pu naître sans être sacré »[17] issu d’une évolution interne.

 

Quatrième séquence : Après l’ensablement des deltas qui décident de la décadence Suméro-Akkadienne et après de nouvelles invasions et guerres, s’édifie le nouvel Empire Mésopotamien, à Babylone, vers 1 830 av. J.C. L’imposture religieuse va se confirmer, inquiétante pour les femmes. Nous abordons une étape nouvelle de la révolution néolithique qui ne sera plus seulement rampante, mais déclarée et brutale, bien que l’influence Sumérienne se fasse encore nettement sentir à Babylone.

 

                « Au syncrétisme religieux la religion Babylonienne va insuffler un esprit nouveau »[18]. Les grands Dieux – tel Enlil – perdent leur suprématie et sont supplantés par Marduk, qui se substitue aux Dieux Sumériens.

 

                « Une œuvre théologique de grande envergure est entreprise qui regroupe autour du Grand Dieu de Babylone tout le panthéon sumérien. Babylone reste une ville de civilisation sumérienne … Le pouvoir monarchique du Roi s’appuie sur la théologie … Centralisation politique et centralisation religieuse se réalisent de pair … Pour adapter la littérature religieuse à la théologie nouvelle, le poème de la création du monde fut réécrit sous la première dynastie babylonienne ». Marduk triomphe de la Déesse-Mère Tiamat et la tue. « Il lui fendit le crâne et coupa le cadavre en deux « comme un poisson séché » rapporte Eliade (d’autres traduisent : « comme une huître »). « Une moitié devint la voûte céleste, l’autre moitié la terre ». Et commentant ce texte de l’histoire de la création – l’Enuma Elish – Eliade observe : « Il existe une symétrie entre la création de l’homme et l’origine du monde … la matière première est constituée par la substance d’une divinité primordiale, déchue, démonisée et mise à mort par les jeunes Dieux victorieux »[19]. L’idée d’un grand Dieu créateur qui apparaît presque comme un Dieu unique s’affirme de plus en plus. Le problème du Mal est posé[20]. L’idée de ce Dieu unique n’est donc pas exclusivement le fait des grandes religions monothéistes, judaïque, chrétienne ou islamique. Il se présente comme la garantie d’un pouvoir temporel de plus en plus fort, celui d’une monarchie patriarcale.

 

                En effet le Code du Roi Hammourabi ne restitue pas aux femmes leurs droits de plus en plus restreints par « la brutalité des mœurs et l’absence de sens moral dans une société matériellement si avancée[21]. La femme est loin d’être l’égale des hommes. Elle est bien moins protégée dans sa personne que dans ses biens, et en dispose beaucoup moins librement. Le chef de famille insolvable peut livrer femmes et enfants à son créancier.

 

                Et cependant les dispositions nouvelles du Code d’Hammourabi restent loin d’égaler en horreur celles qu’instaureront Hittites et Hébreux lors d’une nouvelle phase de la révolution néolithique, inaugurant l’ère de la violence et instaurant définitivement le patriarcat[22].

                Néanmoins le matricide symbolique touche à sa fin. Il ne nous reste à évoquer que les ultimes sursauts d’une sacralité féminine condamnée, face au déferlement des peuples guerriers, envahisseurs de la Mésopotamie.

 

 

B – Une révolution brutale – Invasion et décadence des derniers Empires Mésopotamiens – « Des Rois sinistres et parfumés »[23]

 

                « Je n’attendis ni un jour ni deux … ce même jour je traversai le fleuve, quatorze villes fortes … Je conquis, je détruisis, je dévastai, je ravageai par le feu ; je les transformai en ruines et en terrain vague … »[24].

 

                Les dernières périodes de l’histoire glorieuse de la Mésopotamie se situent sous le signe d’invasions dévastatrices et d’affaiblissement de la monarchie. Avec l’arrivée des nomades Indo-Européens venus des Carpates et du Caucase, et la décadence de Babylone, s’opère un retour au régime domanial et les Temples redeviennent de grands propriétaires terriens, les Rois étrangers s’appuyant sur la clergé pour gouverner. Cependant leur invasion « a encouragé et facilité l’émergence de valeurs religieuses spécifiques »[25] qui vont amorcer le déclin de la religion féminine de la Déesse. Pour ces nomades, fils de contrées sauvages, la divinité est un Dieu-Père.

                Le Divin devient le fondement d’un pouvoir nouveau : le pouvoir patriarcal.

Aux Indo-Européens qui, avec l’aide de leur « Dieu – Protecteur », détruisent de nombreuses Cités Mésopotamiennes, s’ajoutent les Hourrites, aussi dévastateurs. En 1180 Babylone sera livrée une première fois au pillage. Mais arrêtons-nous un instant pour dire quelques mots de l’Empire Hittite qui va s’effondrer lui aussi sous la poussée des Hourrites. Il s’est constitué en Anatolie, le pays d’Esmée et de son fils Hassan. Et cela bien avant leur tragédie, bien avant que les femmes y connaissent la situation décrite dans le film de Turkan Soray : « Tu écraseras le serpent ». Environ 6 000 ans avant notre ère, la Déesse-Mère y est adorée dans les Temples de Çatal Hüyük et curieusement, selon Merlin Stone, après les invasions du troisième millénaire, les reines Hittites (les envahisseurs ayant emprunté leur nom à la capitale de l’Anatolie : Hatti) entretiennent encore d’étroites relations avec la Déesse du Soleil de Hatti auprès de qui elles jouent le rôle de grande prêtresse »[26]. L’argumentation de Stone rejoint singulièrement celle de Pierre Samuel[27] qui parle de l’Empire Hittite comme « un des pays certainement parmi les plus féministes de l’époque dans le bassin Méditerranéen » et dénommé « l’empire oublié » « car les Grecs et les Romains ne l’ont jamais mentionné … les lois y étaient peu sévères en matière sexuelle » et « politiquement, la Reine, femme et mère du Roi, avait un pouvoir étendu et indépendant jusqu’à moins 720 ans av. J.C., date du dernier Empire Hittite ». Face aux vagues successives d’envahisseurs, les femmes Hittites – les ancêtres d’Esmée – s’enfuient vers l’ouest du pays et se réfugient à Ephèse – où devait se perpétuer le culte de la Déesse – et où les prêtresses opposèrent plus tard une résistance farouche aux Grecs, une résistance armée. Elles furent les Amazones d’Asie Mineure, dont Pierre Samuel nous démontre l’existence par une argumentation irréfutable, et qui éclaire leur histoire d’un jour singulier. Leur lutte fut, comme il y a lieu de le croire, intimement liée au maintien de leur culte ». On connaît d’ailleurs la fameuse guerre que leur livra le héros grec Thésée, toutes preuves acquises désormais, bien que le fait de devoir se battre contre des femmes n’ait guère dû paraître assez glorieux pour que soit perpétué le souvenir du puissant Empire Hittite. Le temps des guerrières d’Amérique latine ou d’ailleurs, comme celui des femmes terroristes, n’était pas encore venu, et les reportères manquaient à l’époque. Et cependant Esmée – qui ignorait certainement cette épopée – descend sans nul doute de ces femmes courageuses qui se battirent seules, leurs hommes mobilisés sur d’autres frontières, avant d’être réduites au même sort que la mère du jeune Hassan. En 1963, lorsque des fouilles mirent à jour la cité de Çatal Hüyük, on s’aperçut que les Déesses peintes ou sculptées étaient « très souvent sans têtes ni pieds » ayant subi ces mutilations symboliques « lorsque le bâtiment fut comblé, et probablement afin d’annihiler la puissance magique latente de la divinité féminine »[28]. Ce triste sort réservé, non seulement à la Déesse-Mère, mais parce que divinité double, à sa fille elle-même, dont la destinée s’origine dans le meurtre de la première, la filiation matrilinéaire désormais rompue, le trône et les biens de la Déesse destinés à une transcendance mâle, patriarcale. C’est dans l’échec et le meurtre de ses aïeules symboliques et réelles (vu le traitement de la Divinité, on peut se représenter celui imposé aux femmes ordinaires) que s’est enraciné le statut inférieur d’Esmée soumise comme elles aux convoitises des hommes, à leur dure loi guerrière, à un malheur depuis des siècles reconduit. Dans la société nouvelle qui va s’installer, la liberté sexuelle des femmes n’existera plus ; Edmée ne disposera plus de son corps comme elle l’entend, et les terres de son époux seront en définitive confisquées par les hommes adultes au détriment du jeune homme (qui sera condamné à la prison). Sous la loi du plus fort la filiation matrilinéaire est devenue une filiation de servitude.

 

                Les migrations cessent. La Mésopotamie se barbarise mais les anciennes valeurs religieuses de Sumer survivent et se propagent en Syrie et en Egypte, avec la littérature Babylonienne. Le clergé redevenu autonome a récupéré tous ses privilèges. Mais ce pouvoir religieux n’est plus désormais exclusivement celui de la Déesse. Cependant, en Egypte, le pouvoir royal continuera à se transmettre par les femmes. Le pharaon aura vraisemblablement deux épouses : l’une royale – la transmission du pouvoir, sa légitimation, s’effectuant par la lignée des femmes héritières du trône – l’autre concubine – chargée de lui donner des enfants (n’ayant aucun droit au trône). Et les hommes y disputeront parfois âprement le pouvoir aux femmes[29]. « En 1242 Babylone est rasée par le Roi d’Assyrie qui massacre la population, détruit Temples et Palais et emmène son Roi prisonnier. Les Cités Sumériennes sont totalement ravagées, le culte anéanti »[30]. A nouveau un Dieu en remplace un autre, le dernier venu – Assur – se substituant à Marduk dont on efface le nom sur toutes les stèles. Les lois Assyriennes se révèlent bien plus sévères que le code d’Hammourabi. Pour la première fois l’avortement est puni de mort. Les pères, qui sacrifient leurs enfants aux Dieux de la guerre pour des finalités temporelles, s’attribuent le droit de contrôle de la reproduction, s’appropriant ainsi le corps des femmes bien avant notre ère chrétienne qui en fera autant en invoquant également des raisons sacrées, comme si l’esclavage – fut-ce celui des femmes – exprimait la volonté de Dieu. Car ce seront les Chrétiens, après les royaumes de Juda et d’Israël, et plus tard les Musulmans, qui parachèveront cette appropriation du corps féminin, violant le droit fondamental du respect de la personne humaine et usant d’une autre violence en plus de la violence armée : la violence institutionnelle des Eglises et des Etats.

 

                Avec l’arrivée des Hébreux au Moyen-Orient (en Canaan) et leur chef Moïse, 2000 ans environ avant J.C. les prêtres lévites déclarent la religion du Dieu unique Yahvé religion d’Etat et codifient le comportement des fidèles et la sanction des manquements. Nous voici arrivés à un seuil décisif. Mais, contrairement à notre démarche jusqu’ici, nous n’entamerons pas l’étude historique de ces monothéismes. Car la révolution néolithique que nous avons voulu évoquer est accomplie. La civilisation-mère a vécu[31].

 

 

1°) Conséquences nouvelles pour les femmes

 

                Cette évaluation ne saurait être ici que sommaire.

               

En Canaan (Palestine et Phénicie) 1200 av. J. Ch. :

                La situation des femmes va se modifier radicalement avec les lois nouvelles énoncées et inscrites dans la Bible (Ancien Testament). A la filiation matrilinéaire succède une revendication outrancière de la paternité. Le concept de père fait désormais partie intégrante de la pensée religieuse. Le nouveau clergé cesse d’être mixte, les femmes décrétées impures. Leur exclusion du sacré va constituer pour elles le prototype de toutes les autres. Désacralisées, les femmes de Canaan deviennent du même coup inférieures aux hommes.

                L’épouse est considérée comme faisant partie des biens de son mari. Elle doit arriver vierge au mariage. Adultère, elle est punie de mort (lapidée). En cas de viol, elle doit épouser son violeur. La liberté sexuelle est le privilège exclusif des hommes. L’avortement est interdit. La sexualité est associée à la notion de péché.

                Une conception nouvelle de la maternité voit le jour. Contrôlée par les hommes elle devient une expression de leur pouvoir. Aussi bien la religion d’Aton que le Judaïsme sont caractérisés par une exclusion de la mère … Avec cette mort, peut-être vécue par l’inconscient comme un MATRICIDE, se rompait définitivement le lien consubstantiel avec la chair du monde »[32].

                Le paganisme était tolérant à l’égard des Dieux des vaincus. En Canaan la répression des contrevenants -  femmes et peuple – fut terrible.

 

                En Grèce :

                Précisons que le monothéisme masculin prend diverses formes selon les différentes religions (ex. la figure double du Père et du Fils divinisés dans le catholicisme). Le culte de la Déesse-mère émigra dans tous les pays Méditerranéens, particulièrement en Crête. Epopée asiatique et méditerranéenne d’où émergeront la Grèce classique et l’Empire Romain. Mais au XVIIIème siècle, à Athènes la société est nettement patriarcale.

Le dernier temple de la Déesse – Eleusis – est incendié. Les esclaves, les femmes et les plébéiens[33] sont exclus non seulement des cultes royaux mais ne sont pas considérés comme citoyens et n’ont pas le droit de vote (que les Françaises n’obtiendront qu’en 1945).

                La déesse Athéna (surgie de la tête de Jupiter) annonce le rapt de la fille dont on dispose sans la consulter (cf. Démeter et Koré). Les vestales qui perdent leur virginité sont enterrées vivantes. Sacrifice de fondation idéologique d’un nouvel ordre social et politique. De même que le sacrifice du Christ au sein de la civilisation judéo-chrétienne.

                La Constitution de Locres, soi-disant inspirée par la Déesse Athéna, retransmet les fondements divins de la royauté et du pouvoir à la démocratie qu’elle instaure.

                Ajoutons que « le rêve masculin des Grecs était d’avoir un enfant en dehors de l’activité procréatrice » (déjà)[34]. La mère la plus ordinaire est elle-même niée.

                L’idée d’une matrice artificielle ajoutera à sa négation lors des Temps Modernes et à la gloire d’une démocratie grecque réputée première bien que précédée par une tentative archaïque (en Mésopotamie).

 

                A Rome

                Jusqu’ici, les femmes ont-elles résisté ou cédé à leur oppression ? Quoi qu’il en soit elles vont être totalement muselées par le droit patriarcal[35], le Code juridique Romain dont s’inspirera Napoléon … et qui deviendra le nôtre. Celui contre lequel les femmes se sont mobilisées au XXème siècle, avec les premiers Mouvements féministes. Car il ne servait que « les droits de l’homme », l’exploitation des femmes, la violence physique séculaire à leur égard, leur paupérisation croissante, et engendrait leur aliénation spécifique (cf. article II) et leur inexistence politique. Revers de la médaille : la lutte des sexes est engagée, une lutte dont les manuels d’Histoire continuent à ignorer les origines.

                Mais nul ne peut désormais prétendre ignorer aujourd’hui ces réalités, conséquences d’une divinisation de l’homme par l’homme au mépris des autres, en particulier d’une moitié de l’humanité : les femmes.

 

 

2°) Bilan général des monothéismes

 

                Le meurtre de la civilisation-mère avait débuté avec la divinisation du Roi Sargon, de Babylone. Les grands monothéismes l’ont confirmé. Ils ont substitué à une cosmogonie centrée sur des forces de vie (fécondité féminine et fertilité de la nature) un pouvoir fondé sur la coercition. A l’égard des femmes d’abord, à celui d’autres hommes ensuite. En fait, du début jusqu’à notre ère actuelle des intérêts politiques sont à l’arrière plan de la transcendance masculine mâle. Le Rapt du sacré par les hommes, réalisé à travers un matricide politico-symbolique, se révèle être le rapt des Origines. Origine de la création du monde qu’un Dieu mâle s’approprie – la première sacralité féminine évincée, l’origine de l’humanité – la femme – mère niée, supplantée par le Père – l’origine de la culture – le féminin rejeté du côté de la Nature, hors du sacré et du politique.

                La politique patriarcale de nos jours tend désormais à déplacer le matricide originel, du plan symbolique et religieux au plan scientifique avec Dieu-le-Père de la technique.

                Si le Divin n’était pas indissolublement lié au patriarcat, à son origine et à son développement, le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam auraient depuis longtemps restitué aux femmes leur dignité et leur liberté. La théologie de la Libération, en Amérique du Sud, s’est révélée elle-même un leurre. Les religions demeurent ennemies des femmes.

 

                Etudier l’Histoire des Femmes revient à étudier l’histoire du pouvoir occidental édifié au nom du divin et qui implique la domination des hommes sur les femmes, comme celle de l’homme blanc, seul gardien de la civilisation et investi de mission divine sur les pays sous-développés.

 

                Le premier slogan publicitaire réussi – l’Homme-Dieu-Père – s’est avéré le plus universel, le plus productif. Il incarne la révolution néolithique – première révolution mondialiste[36] et comporte la négation de la mère d’abord, de la femme ensuite. Et se diffuse dans tout l’espace qu’il est convenu d’appeler désormais « la vieille Europe »[37]. Mais à travers leur imposture les hommes se sont condamnés eux-mêmes. En effet, l’Homme-Dieu-Père veut devenir désormais le maître de l’Univers. La soif inextinguible d’un pouvoir absolu le conduit à une volonté d’expansion infinie de son domaine à la dimension du Cosmos que de modernes Titans se disputent sous de nobles prétextes au travers de délires guerriers. Car donner la mort c’est la maîtriser. C’est être immortel. On peut craindre qu’un tel processus n’atteigne un point de non-retour en des domaines vitaux. Et que l’humanité finisse – tel Cronos – par dévorer un jour ses propres enfants. La puissance scientifique, technologique et militaire des hommes d’aujourd’hui vient d’entrer en concurrence avec la puissance divine dont elle est la métaphore moderne. L’identification à Dieu est à son comble et laisse redouter le pire. On jase beaucoup sur « la crise d’identité » actuelle des hommes remis en question par les droits récents des femmes. Puissent-ils commencer par s’interroger sur tous les masques qu’ils se sont donnés. Quant à nous autres femmes, notre oppression, née du Divin, continue à évoluer de pair avec lui. Nous ne sommes pas suffisamment vigilantes face au danger qu’il représente pour nous aujourd’hui où il tente de réassurer son hégémonie menacée.

 

 

 

 

C. Conclusion

 

                Une révision de l’Histoire officielle est la première condition d’une alternative à notre façon d’être et de penser, à une société dont il convient de découvrir, hors de tous les folklores en usage, les fondements historiques et symboliques. Le monde actuel est né d’un premier affrontement entre religions, bien avant le 11 septembre américain, affrontement entre la sacralité féminine des sociétés archaïques dites païennes et une conception nouvelle du divin destiné à légitimer le pouvoir des Rois (la révolution néolithique) et des Institutions diverses (démocraties comprises) qui leur ont succédé. Le rapport existant entre sexualité, sacré, et pouvoir politique n’est rien moins que le fil conducteur de l’histoire de notre société patriarcale. Celle-ci a connu une première et grave fracture au XVIIIème siècle, lorsqu’une souveraineté dite nationale est venue remplacer le pouvoir de Droit divin (la révolution des « Droits de l’Homme » de 1789). Aujourd’hui, le féminin, refoulé depuis le rapt des origines, refait surface et secoue un ordre ancestral structuré sur le modèle  . Le statut infériorisé des femmes est le verrou qu’il convient de faire sauter en premier pour que puisse s’élaborer, avec des volontés conjointes, un contrat social et un contrat sexuel autres que définis par le fait religieux. Et l’un n’ira pas sans l’autre.

                Une question de fond a été une fois énoncée : « Quel fut le premier moteur du Mouvement historique ? Peut-être conviendrait-il de le chercher précisément en ce qui, dans les sociétés archaïques, se dissimule à nos regards dans le politique lui-même ?[38].

                Et il y a été répondu :

                « Une machinerie religieuse particulièrement complexe et méthodiquement entretenue … »[39].



 

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[1] Depuis l’origine des temps et durant tout le premier millénaire, le pouvoir religieux et le pouvoir politique ne firent qu’un.

[2] Region fertile comprise entre les deux grands fleuves du Tigre et de l’Euphrate (Moyen-Orient) – L’Iran et l’Irak actuels.

[3] Kramer – « L’Histoire commence à Sumer ».

[4] Lacan.

[5] Cf. Godelier – « Naissance des grands hommes »  Les Baruya.

[6] Pour une documentation plus précise sur le sujet, cf. «Le Rapt des Origines » de Suzanne Blaise – 1988 – Bibliothèque M. Durand – Paris.

[7] Balandier – « Le détour » - Fayard, 1985 – 4ème de couverture.

[8] Eliade – « Histoire des croyances et des idées religieuses » - Payot, 1989.

[9] Kramer – « L’Histoire commence à Sumer ».

[10] Stalender – « Encyclopédie des mystiques orientales » - Laffont, 1975.

[11] Eliade – cité.

[12] Notons que la langue Sumérienne (cf. Thureau-Dangin) disposait d’un terme spécifique – inbu – pour désigner le plaisir féminin, et d’un terme différent – kusbu – pour désigner celui de l’homme. Ce qui n’est pas nommé est toujours nié.

Inscription sur tablette sumérienne :

« Ma femme est au temple, ma mère au bord de la rivière et moi je suis ici crevant de faim ».

[13] Rituels découverts en Australie par deux anthropologues femmes qui concluent à l’existence d’une symbolique féminine dans certaines sociétés. Qui dit symbolique dit langage et dit communication.

[14] Jacques Pirenne – cf. « Civilisation Antiques » - Ed. Albin Michel, 1963.

[15] Hierogamos : cérémonie rituelle et rapport sexuel entre la Déesse et un jeune homme choisi par elle et qu’elle nommait Roi (= Berger du Royaume). Le Roi était mis à mort à plus ou moins longue échéance.

[16] Toute une organisation militaire, machiste et bureaucratique se met en place - cf. « Armées et finances dans l’Ancien Testament » - H.E. Del Médico.

[17] Godelier.

[18] Cf. J. Pirenne, ainsi que les citations suivantes.

[19] Cf. Eliade – « Histoire des croyances et idées religieuses » - Ed. Payot – 1983 – p.82 à 85.

[20] Formulé dans un poème sur tablette – cf. J. Pirenne.

[21] Cette remarque de J. Pirenne reste vraie pour les temps actuels et la société post-industrielle – bourgeoise – nous sommes exclues d’avance de la nouvelle classe technocratique régnante.

[22] Patriarcat : de patriarkhès, chef de famille.

[23] Poème de Milosz dédié à la Reine Egyptienne Karomama.

[24] Annales d’Assurbanipal, Roi d’Assyrie, 646 ans av. J.C. Récit de la campagne d’Elam et de la mise à sac de Suze.

 

[25] Eliade – cf. « Histoire des Croyances et idées religieuses » - op. cité p.201

[26] M. Stone suggère que les envahisseurs, pour accéder au trône, ont pu épouser des prêtresses, légitimant ainsi un pouvoir conquis par les armes (cf. « Quand Dieu était femme »).

[27] Cf. « Amazones, guerrières et gaillardes » - Ed. Complexe – Bruxelles – 1975.

[28] Cf. Mellaart.

[29] Cf. le récit de M.A. Moret sur « les complots antiféministes » (dixit) des prêtres et des Pharaons pour destituer la Reine Atchepsout, la aussi, comme pour la Déesse-Mère en Anatolie, « les inscriptions qui conservent la mémoire de son règne ont été martelées … la figure de la reine détruite … son nom mutilé ou remplacé par celui d’un autre souverain ».

[30] Cf. J. Pirenne.

[31] Une « Académie Internationale » de femmes universitaires – HAGIA – poursuit une recherche sur le mode de fonctionnement des sociétés matriarcales égalitaires, sans pouvoir central, encore existantes dans le monde. 1er Congrès au Luxembourg – 2ème Congrès au Texas (2003-2005).

[32] Mendel – « La révolte contre le père » - Payot – 1968.

[33] Plébéiens : petits propriétaires et étrangers.

[34] Nicole Loraux – « Les enfants d’Athéna » - 1981 – Maspero.

[35] De patriarche, chef de l’Eglise à la tête des diocèses installés dans les provinces de l’Empire Romain.

[36] D’après Georges Bailloud, le néolithique : « l’une des quelques transformations fondamentales qu’ait vécues l’humanité » et « fait mondial ou peu d’en faut », révolution accomplie à des époques variables selon les pays, aurait eu « deux centres originels probablement indépendants, l’un situé dans le Proche-Orient aux environs des VIIIème et VIIème millénaires avant notre ère, le second en Amérique Centrale aux alentours des IIIème et IIème millénaires avant notre ère » (cf. « La préhistoire » - Leroi-Gourhan PUF – 1968 – Chapitre « Le néolithique » de G. Bailloud – p.157)

[37] Dans le « cercle Méditerranéen » actuel (Espagne, sud de la France, Italie, Yougoslavie, Albanie, Grèce, Turquie, Syrie, Liban, Egypte, Libye, Afrique du Nord) où la société politique fonctionne comme un patriarcat des plus durs, c’est sur le modèle du patriarcat archaïque du Moyen Orient « que ne cessent de fonctionner et de se répandre les pratiques politiques sexistes dans le monde contemporain, en dépit des discours qui voilent la réalité » - cf. « Femmes et politique autour de la Méditerranée » - ouvrage collectif – Ed. l’Harmattan – 1980 – Paris.

[38] Clastres – « Société contre l’Etat ».

[39] P. Legendre.